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dimanche 27 novembre 2005

Débat au Conseil municipal d'Amiens du 22 septembre 2005

M. LEROY Avant d’intervenir sur le parking, je voudrais vous remercier, Mme le Maire, remercier M. le Ministre et tous ceux qui, dans ce conseil, m’ont témoigné des marques de sympathie pendant ce que j’ai subi. On sait, dans la vie, qu’on a toujours beaucoup d’ennemis, on ne sait pas toujours qu’on a beaucoup d’amis qui se révèlent dans de telles circonstances. Cela se termine relativement bien. On dit parfois que je suis inoxydable ; je compte l’être encore longtemps. Ne vous étonnez donc pas trop –surtout sur le dossier qui va suivre- si mes propos sont un peu caustiques.
Nous ne voterons pas cette délibération. Nous ne sommes d’accord ni sur le fond, ni sur la forme. Sur le fond, nous sommes contre le principe des parkings le long des boulevards intérieurs. Ils sont trop près du centre, ils attirent les voitures et provoquent donc l’engorgement du centre ville. Ils sont contraires aux dispositions prises dans les PDU les plus ambitieux qu’on peut trouver en France (je ne dirais pas que le nôtre est ambitieux mais je me suis déjà exprimé à ce sujet). Il est vrai qu’il y a eu une évolution très nette dans la conception des parkings urbains qui s’éloignent de plus en plus de l’hypercentre. Mais il est temps de créer des parkings relais avec des navettes rapides et cadencées.
S’il reste quelques commerçants (y compris le Président de la CCI) qui veulent la voiture à leur pas de porte, la majorité a compris l’intérêt des transports en commun pratiques et bien conçus. Sur la forme, on se pose des questions. Lors du jury qui, en 2001-2002, avait étudié l’aménagement des boulevards intérieurs, le parking Jules Verne avait été considéré – dans l’hypothèse où nous réaliserions des parkings le long des boulevards- comme à réaliser en dernier, à la fois pour les contraintes techniques qu’il présentait, pour son nombre réduit de places et pour sa proximité avec le parking du boulevard de Belfort que nous venons d’inaugurer. Pourquoi nous présenter aujourd’hui un dossier dont on jugeait qu’il n’était pas prioritaire à l’époque ? J’avais demandé que des justifications soient données en commission ; on m’a renvoyé vers le Conseil Municipal. Je n’ai pas entendu ce soir, dans les propos de M. HENNO, de justification sur la nécessité de réaliser ce parking en priorité.
Pourquoi admettre un tel investissement de 8 200 000 € pour 250 places ? Bien sûr il y a les difficultés techniques, le problème de la voie SNCF, l’impossibilité de descendre en-dessous du niveau des voies SNCF pour ne pas les déstabiliser, la réalisation obligatoire de ce qu’on appelle dans le dossier « un voile de béton », les problèmes de largeur, d’accès, … toutes sortes de contraintes techniques qui justifient le prix. Ce qui n’est pas justifié, ce n’est pas le prix mais le fait de choisir ce parking qui est le plus difficile à réaliser.
Se pose aussi une question de fond liée à l’urbanisme. On a l’impression qu’on « saucissonne » les boulevards intérieurs. Où est le plan d’ensemble –que vous avez, j’espère- sur les boulevards intérieurs ? Des trois propositions qui ont été faites lors du jury d’aménagement, laquelle avez-vous choisie ? Pourquoi essayez-vous de nous passer, morceau par morceau (rondelle par rondelle), un aménagement le long de ces boulevards ? On ne pourrait prendre position qu’à la condition d’avoir cette notion d’ensemble. Cela rejoint la notion d’urbanisme : installer des parkings le long de la ligne SNCF signifie qu’il y a une notion d’extérieur, ce qui est bizarre pour des boulevards dits intérieurs.
Les façades du boulevard Jules Verne forment un ensemble architectural rare à Amiens. Cet ensemble qui a de l’allure, on va le présenter sur un plateau de béton. Ne serait-il pas plus utile de réfléchir à la nécessité de l’aménagement des boulevards intérieurs et à la façon dont on va le faire pour qu’ils représentent un lieu d’attraction et non un lieu qu’on n’utilisera que pour rejoindre le parking ?
Si vous nous proposez d’affecter les 8 200 000 € à la réalisation d’un parc-relais, nous reverrons bien sûr très vite notre position et nous approuverons. Il en existe un : à Longueau se trouve ce qu’on appelle une desserte intermodale, certes insuffisante en nombre de places mais qui pourrait être améliorée par des dessertes SNCF cadencées plus importantes et qui, bien lancée avec une promotion convenable, pourrait apparaître comme l’exemple de ce parc-relais dont nous avons besoin.
En conclusion, notre position est non et, pour bien marquer cette opposition, nous ne posons pas de candidature pour le jury. Mme le Maire – Je voudrais signaler qu’un document vous a été remis pour le vote. Le jury est présidé par le Maire ou son représentant, le président s’ajoutant au nombre de membres du jury que nous avons à élire. Comme à l’habitude, lorsqu’il y a 5 titulaires et 5 suppléants, un poste est laissé aux oppositions. A vous de nous dire quels sont les candidats que vous présentez, sachant que l’on vote par liste entière et que c’est ensuite à la représentation proportionnelle que l’élection a lieu.

M. PORQUIER Nous célébrons cette année le centenaire de Jules Verne et nous connaissons tous cette nouvelle intitulée La Ville Idéale dans laquelle le héros sort de chez lui, se promène dans une ville du futur qu’il découvre au fur et à mesure. Imaginez le portrait de la ville que nous allons lui offrir avec les constructions déjà réalisées ou en cours : Jules Verne sort de sa maison et découvre un parking en face de chez lui. C’est vraiment le bonheur ! Il longe le boulevard intérieur et arrive près d’un magnifique multiplexe rouge, construit en bas d’une tour Perret en haut de laquelle on a oublié un morceau d’échafaudage, à moins que ce ne soit un traitement sommital ! Il y aurait de quoi revisiter cette nouvelle.
Il y aurait sans doute bien d’autres choses à faire sur cet espace dont Daniel LEROY rappelait fort justement le caractère exceptionnel. Non seulement c’est un espace qui appartient au patrimoine amiénois mais c’est un coin de ville, un point de vue qui caractérise Amiens, unique et qui n’a pas d’équivalent ailleurs. Ce n’est pas pour cela que nous devons rester figés sur cette situation. Il doit y avoir des aménagements paysagers et peut-être même des constructions aux abords. Mais il ne faudrait pas essayer de nous faire croire qu’on va construire un parking à haute qualité environnementale. Il faut arrêter avec ce genre de fadaises. Avec des mots, on peut tout emballer. La vérité, c’est qu’un parking va venir massacrer un coin de cette ville avec un « saucissonnage » qui fait qu’on n’a aucune perspective sur l’aménagement de ce secteur et avec une conséquence concrète : on va encore ramener des voitures près du centre ville alors qu’il y aurait matière à faire d’autres choix. On est encore dans les années 70 où il fallait adapter la ville à l’automobile.
M. MEZIN entend des gens parler du stationnement. Oui, et tous les deux jours dans le journal local il y a un comité de quartier qui se plaint des problèmes de stationnement dans les faubourgs et quand j’entends un élu de la majorité municipale se plaindre des problèmes de stationnement, j’ai l’impression d’entendre un pyromane se plaindre qu’il y a du feu. Les problèmes de stationnement viennent de l’étalement urbain, du fait que l’urbanisme de cette ville n’a pas été pensé autrement que pour la voiture, que vous avez laissé des situations dégénérer dans les quartiers en laissant des maisons se couper en deux, trois, quatre, dix … multipliant le nombre de voitures dans les faubourgs, que maintenant il y a d’énormes problèmes de stationnement que vous n’avez jamais anticipés, que l’extension de la ville fait que les gens sont prisonniers de leur voiture et n’ont pas de mode de déplacement alternatif comme les transports en commun que vous avez complètement délaissés. Et maintenant vous prétendez qu’on n’a pas le choix, qu’il faut construire des parkings parce que la population en demande. Non, vous prenez le problème complètement à l’envers et vous allez dépenser 8 millions d’€ -et on attend les avenants, spécificité locale- pour construire ce parking qui va poser une verrue urbaine dans le cadre du cirque et des jardins Lemerchier et un vrai problème d’urbanisme contradictoire avec une politique rationnelle de déplacement dans cette ville.
Vous ricanez souvent quand j’aborde ces questions et, en juin, quand je parlais du baril de pétrole à 50 $, cela vous faisait sourire. Il est aujourd’hui à 70 $ et ce n’est pas fini puisqu’il s’agit d’un problème structurel. Si nous ne prenons pas les devants pour anticiper les investissements nécessaires pour changer au niveau de la politique de déplacements, la ville ne sera pas adaptée aux besoins des habitants qui vont changer parce que le pétrole est une énergie qui va être de plus en plus chère, que l’automobile va être de plus en plus coûteuse à utiliser. Il y a d’autres choix à faire que de construire ces parkings en centre ville.
Je ne reviens pas sur ce qu’a dit Daniel LEROY. Il y a d’autres solutions aussi pour le stationnement : des parkings de périphérie avec des navettes et l’utilisation plus rationnelle de parkings qui existent et sont sous utilisés, comme par exemple celui de Mégacité qui pourrait être utilisé avec un système de navette. Mais vous n’explorez pas ces pistes là qui seraient sans doute moins coûteuses, porteuses de réflexion. Nous ne pouvons pas valider votre proposition que je trouve, à bien des égards, tout à fait scandaleuse. Nous ne participerons pas à une commission de cette nature pour cautionner un tel projet.

M. LESSARD Je partage la grosse colère de mes collègues ; vous n’en serez pas surpris.
Ce parking sera le témoin gênant et coûteux du manque de courage et des hésitations de votre majorité en matière de déplacements. Il ne sera d’ailleurs pas le seul parce que vous comptez, si je me souviens bien, égrener sur ces boulevards intérieurs d’autres parkings que vous agrémenterez de logements. En effet, dans les projets qui avaient été l’objet de concours concernant les boulevards intérieurs, figuraient des financements de parkings par des logements. Evidemment, à cet endroit de la ville, le prix du m² s’envole et le projet était bien pensé de ce point de vue.
Je pense, M. HENNO, que vous n’avez pas les moyens de vos bonnes intentions sur le TCSP, sur la haute qualité environnementale. On peut vous faire un certain crédit de travailler sur ces questions mais votre majorité locale ne vous en donne pas les moyens et l’ex-ministre des transports qui était tout à l’heure à vos côtés, complètement à contre courant des exigences de l’heure, a supprimé les crédits pour financer les projets TCSP dans toutes les villes de France. Quelle ineptie ! Aujourd’hui, comme on l’a dit, la crise de l’énergie qui s’annonce montre tout l’intérêt qu’il y a à se préparer à la fin des énergies fossiles et à la fin du pétrole comme source d’énergie pour se déplacer. Sur ce dossier, ce n’est pas une surprise et vous le savez, nous divergeons et depuis longtemps parce que nous considérons qu’avec ces dépenses, en priorité pour la voirie et les parkings au centre ville, vous repoussez toujours à plus tard l’échéance et vous aggravez le problème puisque vous offrez aux automobilistes la possibilité de continuer à venir à Amiens en utilisant ce moyen et on les comprend : pour les 25 000 ou 30 000 personnes qui viennent de l’extérieur de l’agglomération chaque jour, quelle alternative crédible y a-t-il ? L’étoile ferroviaire, la ligne Ailly/Ailly dont on nous parle depuis longtemps, les TER cadencés, la halte ferroviaire La Hotoie, les parkings-relais, les couloirs de bus, où sont-ils, quelles sont les sommes budgétées pour financer ces orientations qui sont pourtant inscrites au PDU ? Nous sollicitons un bilan d’étape du PDU pour une remise à jour sérieuse dans la transparence et dans le cadre d’une réelle démocratie participative. Il y a près d’un an, lors du comité de suivi, j’avais demandé qu’une enquête ménages soit lancée pour réactualiser les chiffres de celle de 1990. Je renouvelle cette demande. Il nous faut des éléments fiables pour réévaluer ce PDU et essayer de rattraper ce retard de 15 ans et repartir du bon pied.
Les questions du stationnement, du choix du mode de transport, du TCSP, des tracés, les plans de déplacements d’entreprise, toutes ces questions doivent être posées dans ce contexte nouveau qui éveille l’attention de nos concitoyens sur l’avenir des moyens de déplacement. Je pense qu’il y a aujourd’hui davantage d’écoute sur ces questions et il faut en profiter parce que l’habitude fait que la voiture est bien inscrite dans notre culture et qu’on se heurte à certaines incompréhensions dès qu’on bouscule les habitudes.
Aujourd’hui, l’attention est en éveil, le moment est propice pour réfléchir et trouver les réponses adaptées, sans démagogie mais en posant bien les enjeux avec tous. Sur le TCSP on m’a dit –je n’ai pas pu le vérifier puisque j’ai été empêché de participer à la réunion de lundi- qu’est annoncée une étude qui ferme la porte à tout débat. Je vous trouve très défensifs sur cette question qui vient sur toutes les lèvres. Rappelez-vous la formulation de la question sur le tramway dans l’enquête sur le PLU ; déjà vous fermiez le débat. Aujourd’hui vous nous annoncez une étude qui clôt définitivement le sujet. Nous n’en avons pas connaissance. Comment a-t-elle été financée ? Pouvons-nous en avoir un exemplaire ? Vous récidivez en réunion de concertation sur le PLU en annonçant des chiffres pharamineux. Je vous rappelle mon courrier du 26 septembre 2004 qui vous instruisait sur le dossier le la ville du Mans, une ville de moins de 200 000 habitants, de la même surface que Lyon et Amiens, …

Mme le Maire : M. LESSARD, est-ce votre question orale que vous posez de manière anticipée ou considérez-vous que votre question orale sera posée à la fin de la séance, auquel cas je vous demande de rester sur le thème de cette délibération, c’est à dire le parking, et de réserver vos arguments concernant le TCSP pour votre question orale.

M. LESSARD : Je reste dans le débat puisque, de toute façon, pour la question orale, vous aurez le dessus : il n’y a pas d’échange. Je la complète effectivement, en rappelant des chiffres.

Mme le Maire : Je veux bien que nous discutions de cette question à propos de cette délibération mais si nous le faisons, nous n’en discutons plus à la fin de la séance. Il me semble que le sujet est le parking Jules Verne.

M. LESSARD : C’est effectivement le parking, dans le cadre d’une politique de déplacements. Je termine donc ce que j’avais commencé à exposer. Cette ville aura son tramway en 2007, 15,5 km pour 210 millions d’€, ce qui fait 20 millions d’€ au km. Angers lance aussi le sien : 200 millions pour 12 km soit 16 millions d’€ le km.
Avec le parking Jules Verne, déjà un demi km de tramway serait financé. Combien ont coûté les rocades, les parkings, combien coûtera le prolongement du boulevard de Strasbourg ? Donnez ces chiffres aux Amiénois –vous les avez refusés dans l’enquête pour le PLU- pour un vrai débat. Aujourd’hui un tram se finance avec le versement transport, avec des emprunts à 30 ans, les taux d’intérêts sont bas.
Aujourd’hui le stationnement pose un gros problème aux Amiénois et pas seulement dans les quartiers traditionnels. La question n’est donc pas de les gêner ou de les taxer à l’excès mais de dissuader, de faire preuve de pédagogie et surtout d’offrir en même temps une véritable alternative. L’objectif est bien de faire prendre conscience des enjeux et de permettre aux familles d’éviter l’acquisition d’une deuxième, voire d’une troisième voiture.
Nous avons posé la question du stationnement résidentiel parce que, si vous faites ces parkings, c’est que vous avez la préoccupation du développement continu et par capillarité du stationnement dans les rues des faubourgs. Pourquoi pas des recettes sur le stationnement résidentiel mais à quel tarif et à quoi doit servir l’argent ? En tous cas il ne devrait pas servir à financer des parkings nouveaux mais des pistes cyclables, le prêt de vélos, l’incitation au co-voiturage, le TCSP, … Sans cela, c’est l’échec assuré. Mais, pour cela, je pense qu’il faudrait une volonté politique et une hiérarchisation des priorités, ce que vous n’avez ni pu ni voulu faire. A ce sujet, vous n’avez encore rien démontré.
Pour en terminer avec ce projet, nous voterons évidemment contre parce qu’il s’agit de bétonner, et de surcroît dans des conditions difficiles et risquées. Vous n’avez même pas évoqué un sujet qui tenait à coeur à certains dans cette assemblée. La couverture des voies, dans le cadre de la reconquête des boulevards, aurait eu plus de sens et de cohérence en termes d’urbanisme que ce que vous allez faire et on n’était pas obligé d’y parquer des voitures. Le projet CHEMETOV prévoit de transformer la gare routière en parking (il est vrai que l’équipement existe déjà. Mais quand je vous disais que vous allez égrener sur toute la périphérie ! Et maintenant vous appelez ce secteur d’Amiens le centre (vous y avez installé le multiplexe- et, comme on est dans le centre, vous donnez les moyens aux automobilistes d’y venir en voiture) au bout d’une pénétrante Est qui remontre le bout de son nez. Je vous renvoie aux décisions du Maire parmi lesquelles il y a des réservations de terrains explicitement dans cet objectif. Nous en avons assez des investissements dans la voirie et dans les parkings. Ce n’est pas comme cela que nous résorberons ces 15 années de retard. Je pense que vous hypothéquez l’avenir de l’agglomération sur ces questions et cela commence à prendre un caractère de gravité que nous dénonçons. Mme le Maire – Je demande à Hubert HENNO de ne répondre que sur la partie parking et pas sur la partie TCSP.

M. HENNO : Je suis étonné par l’attaque en règle menée par des gens qui ne connaissent pas un dossier. La création de ce parking s’inscrit dans l’optique d’une requalification complète des boulevards et nous avons effectivement une étude, qui n’a pas encore été validée et donc n’a pas encore été présentée, sur la requalification de l’ensemble des boulevards Sud. Dans cette étude sont prévues un certain nombre de choses qui vont dans le sens de la résorption des voitures ventouses sur l’ensemble des boulevards. Le boulevard de Belfort, sur lequel il y a actuellement 108 places, n’en comptera plus que 35 demain. Sur le Mail Albert 1er, nous passerons de 114 à 54. Sur le parking Sud du Mail, les 111 places actuelles disparaîtront. Sur la rive Nord du Mail, les 56 places actuelles ne seront plus que 21. Les 173 places de la place Longueville seront supprimées. Les 102 places de la rive Nord du boulevard Maignan Larivière seront réduites à 46. En rive Sud du même boulevard, les 53 places disparaîtront. Les 173 places du boulevard Carnot en contre-allée Nord seront réduites à 55 et les 95 places de la partie Sud du même boulevard seront supprimées. Au total, les 985 places de stationnement d’aujourd’hui sur les boulevards seront ramenées à 211. Si on ajoute les 73 places de la place Alphonse Fiquet qui vont, elles aussi, disparaître, nous arrivons à un total de 847 places actuellement autorisées que seront supprimées. A ce chiffre, il faut ajouter le nombre de voitures qui stationnent de manière sauvage sur la zone et que nous avons comptabilisées à environ 340.
Ce sont 1187 places qui vont être supprimées dans le projet que je vous proposerai lorsque nous aurons approuvé toutes les modalités de la recomposition qualitative des boulevards, selon le projet BRUELDELMAR. Il reste 211 places sur les 985 pour la partie boulevards proprement dite. J’y ajoute les 500 places du Gaumont, en précisant que ces 500 places servent aussi pour le Gaumont : dans ces 500 places, il peut y avoir celles pour les cinémas et les 73 places de la place Fiquet qu’il faut bien relocaliser. Par ailleurs, nous créons un ouvrage de 250 places, ce qui portera le total de places créées à seulement 961 places, contre 1187, ce qui revient à une chute de 226 places. Si nous faisons abstraction du Gaumont et de la place Fiquet et que nous comparons les places supprimées sur le boulevard (774) aux places recréées en ouvrages (250), vous voyez un déficit très différent de ce que vous avez dit.
Concernant l’ouvrage à propos duquel nous délibérons, je n’ai vu nulle part écrit qu’il y avait un voile de béton. C’est facile d’ameuter les populations, d’effrayer les gens en utilisant ce genre d’affirmation. J’ai insisté sur le fait que la superstructure de l’ouvrage devra être capable d’assurer une esplanade ou une promenade à l’abri des voitures sur cet espace nouveau reconquis. C’est un peu la préfiguration de ce que nous avions imaginé avec Jean- Claude BROUTIN : la couverture des voies ferrées qui n’est aujourd’hui que partielle avec ce projet. En ce qui me concerne, si nous ne pouvons pas faire aujourd’hui la totalité, en raison de l’inscription du jardin Lemerchier qui ne permet pas d’y toucher gravement, il y a néanmoins demain, sur les secteurs des boulevards Maignan Larivière et Carnot, la possibilité de faire coup double de part et d’autre et, par conséquent, avec des astuces de construction à mettre au point, d’avoir aussi la possibilité :
  • de rejoindre les deux parkings : le parking tel que nous pourrions l’imaginer demain boulevard Pasteur et boulevard Guyencourt pour absorber tous ces véhicules des personnels des administrations de toutes natures (préfecture, musée, bibliothèque, conseils général et régional, …) qu’il faut permettre de venir travailler à Amiens ;
  • de reconstruire ou construire de nouveaux immeubles, comme l’étude BRUEL-DELBAR le laisse supposer, en rive Sud du boulevard actuel ou en rive Nord du sillon SNCF.
Il s’agit d‘un projet qui me semble cohérent. Aujourd’hui, nous avons une urgence à régler, la suppression des places sur les boulevards avec le projet BRUEL-DELMAR et il faudra bien pouvoir les mettre quelque part. Nous estimons donc que les places du Gaumont, avec les cinémas et la place Fiquet, sont insuffisantes. Il convient donc de prévoir cet ouvrage de 250 places, d’autant que la place du cirque devient végétale, ce qui constitue un vieux projet que j’ai eu l’occasion de vous présenter, il y a longtemps. La qualification sera bien au rendez-vous et je pense que Jules Verne ne serait pas attristé de voir les choses changent dans ce sens. Il n’y a pas de massacre des boulevards, ni de plateau béton. Il y a en lieu et place un endroit qui, je l’espère, sera attractif. J’ai même spécifié, dans les attendus et dans les commissions, que les descentes depuis le niveau zéro devraient être de qualité. Je souhaite ne pas voir ce genre d’escalier qu’on trouve dans le parking de l’hôtel de ville, c’est à dire une descente fonctionnelle et non qualifiée. Ailleurs –à Dijon par exemple- on a su faire en sorte que les descentes dans les parkings soient monumentales, correctement faites, bien entretenues et qu’elles participent à la qualité architecturale des lieux. Notre démarche est qualitative, telle que je la souhaite et telle que mes collègues l’ont acceptée lors d’une présentation préalable à une séance publique.
Par conséquent, je suis tout à fait persuadé de la nécessité et de l’utilité immédiate de la réalisation de ce parking sans lequel nous ne pouvons pas entreprendre la requalification des boulevards parce qu’on ne peut pas faire voler les voitures et nous ne pouvons pas priver les gens qui viennent travailler d’une partie de leur outil de déplacement. Certains me rétorqueront qu’il faut voir le projet de PDU et de TCSP : c’est un autre volet dont nous parlerons tout à l’heure dans la question orale.

M. MEZIN : Je voudrais féliciter Hubert HENNO, son exposé était clair et convaincant. Malheureusement, contre les idéologies et les arguments d’ayatollah, on ne peut pas faire grand chose. Nous avons choisi les voies modérées. Ce que nous allons faire, c’est régler les problèmes concrets des Amiénois tels qu’ils se posent aujourd’hui. Je serais curieux de voir comment va réagir le Conseil Régional quand on va lui dire qu’il faut vider le cirque et le mail, curieux de voir comment vont réagir les personnels quand ils apprendront qu’il leur faut prendre le bus pour aller de leur domicile à leur lieu de travail.
Il est vrai que ce parking coûte un demi km de tramway, sans compter, bien sûr, les déficits de fonctionnement. Aux chiffres avancés par Hubert HENNO, j’ajoute le fait que tous ces parkings vont être payants. Cela veut dire que ceux qui voudront demain avoir une voiture seront confrontés à l’essence plus chère, au stationnement payant. Pourtant, quand on interroge les Français sur ce qu’ils vont faire devant la montée du prix de l’essence, ils disent : garder notre voiture et faire moins d’autres choses. Il faut quand même avoir une sérieuse conception de la démocratie pour se dire que, quand un message vous arrive aussi clairement –oui, nous voulons garder notre voiture et ne nous en priver que quand c’est indispensable-, la réponse puisse être : marchez à pied, prenez votre vélo ou le bus. Cette conception, que je ne comprends pas, me semble absurde. Toute notre démarche est inverse : essayer de concilier. On ne pourra pas mettre demain toutes les voitures dans Amiens, c’est évident. Essayons du moins, dans une ville qui a la surface de Lyon pour une population trois fois moindre, d’aborder ce problème sans manichéisme, sans idéologie, en essayant de voir que ce qui n’est pas possible à Paris peut l’être davantage ici si on s’organise. Quand on voit aujourd’hui que des gens fuient Amiens parce qu’ils préfèrent garder leur voiture et l’utiliser pour se rendre sur la zone industrielle, quand on voit comment la gare de Longueau se remplit parce qu’elle a un parking, cela doit nous faire réfléchir sur ce que les gens souhaitent et comment on peut les conduire peu à peu dans une économie mieux administrée de la voiture. Si demain vous étiez aux affaires, vous feriez exactement comme hier. Où sont ces voies piétonnes, où sont ces parkings que la municipalité précédente nous aurait donnés en exemple ?
Nous avons fait des voies piétonnes. Nous construisons des parkings. Nous essayons à tous moments de concilier et Hubert HENNO le montre : on va supprimer plus de places de parking qu’aujourd’hui et au lieu d’avoir des entassements de bagnoles sur le Mail Albert 1er, sur le boulevard, on va enfin essayer d’avoir quelque chose d’organisé dans le centre ville, organisé pour que les gens de Beauvais, d’Arras, … viennent. Personne ne viendra plus s’il faut prendre son enfant sur le bras et laisser sa voiture dans un parking. Si on veut tuer la vile, il faut avoir ces positions d’ayatollah. Nous voulons au contraire faire vivre la ville dans un équilibre entre tous les modes de locomotion. Nous avons fait –et j’ai voté de grand coeur- les pistes cyclables, nous avons fait des rues piétonnes, nous essayons de majorer le nombre de bus. Pour faire simplement quelques sites propres, il nous faut augmenter de manière sensible le versement transport et toutes les entreprises hurlent à cette augmentation pourtant modeste. Je voudrais que chacun prenne en compte l’équilibre des politiques qu’il faut conduire. La politique tout voiture est haïssable. La politique sans voiture l’est tout autant. Dans une ville, une agglomération comme Amiens, un équilibre entre tous les modes de locomotion, c’est le chemin que nous avons choisi. Hubert HENNO vient de le démontrer magnifiquement et c’est très volontiers que je voterai sa délibération.

M. PORQUIER : On ne peut pas être traité d’ayatollah et être empêché de réagir. Certains disent : les électeurs trancheront : ne tranchez pas à leur place.
Je voudrais demander à M. HENNO de respecter ses interlocuteurs. Accuser l’opposition de ne pas connaître les dossiers est inapproprié au débat public. Détrompez-vous, M. HENNO, nous avons vu ces dossiers d’aménagement des boulevards et nous savons qu’il y a des projets de suppressions de places de stationnement de surface. Par contre, je n’ai pas vu la trace de projet sérieux de transports en commun sur ces espaces.
Vous prétendez aujourd’hui qu’il faut bien que les gens puissent se garer alors que vous mettez les financements sur le parking au lieu de les mettre sur les transports en commun, le vélo, etc… Vous qualifiez ces propositions de solutions absurdes, vous parlez de voitures à chevaux. Qui est idéologue ici, entre vous et nous ? M. MEZIN, je ne faisais pas partie de la majorité précédente qui ne comptait pas d’élu vert. Je me sens donc parfaitement libre de tenir des propos sans que vous ayez la nécessité de vous justifier en ramenant cela à une période qui date de 16 ans.
Il y a 16 ans que vous êtes ici et ce sont vos politiques qui sont en cause aujourd’hui quand nous parlons de ce sujet, c’est votre politique de déplacements qui est en cause. Si vous ne proposez pas d’alternative aux gens, si vous ne leur proposez pas de prendre le vélo ou les transports en commun pour ceux qui le peuvent, qu’allez-vous faire s’ils ne peuvent pas se garer non plus ? Le coeur du problème et de votre politique, c’est cette imprévoyance que vous avez.
On ne peut pas vous laisser dire que nous sommes des ayatollahs alors que vous-même n’apportez pas de réponse concrète, sérieuse sur ce sujet. Vous annoncez des suppressions de places de stationnement mais, comme il n’y a pas d’alternative, il va y avoir une pression pour qu’elles soient rétablies. Et, faute de bus, faute de vélo, faute d’autres alternatives, vous n’aurez pas d’autres choix que de les rétablir, comme cela se passe à chaque fois. Vos chiffres sont beaux aujourd’hui dans cette salle de réunion mais, demain, ils ne tiendront pas la route.

M. LESSARD : Il s’agit d’un dossier sérieux. Je voudrais donc poser deux questions complémentaires à M. HENNO. Si le déficit de places de stationnement, qu’il a si éloquemment démontré, est réel, quelle alternative vous allez proposer à ces personnes qui viennent pour travailler tous les jours à Amiens ? Je n’ai pas entendu de réponse à ce sujet. D’autre part, quelle politique pour empêcher la hausse du prix des terrains qui pousse les Amiénois à aller habiter à 30, 40, 50 km et les oblige à prendre le moyen de transport dont ils disposent pour revenir sur la capitale régionale tous les jours ? Ce sont ces questions auxquelles il faut répondre aujourd’hui. Mme le Maire – A entendre le ton de certains collègues, je comprends que mon voisin, Hubert HENNO ait cru utile de vous démontrer, de manière précise et avec un ton mesuré et respectueux des uns et des autres, l’intérêt de son dossier. Souvent, à entendre certains d’entre vous, on a l’impression qu’on nous donne des leçons comme si nous n’avions rien compris à rien alors que vous auriez la connaissance infuse de ce qu’il faut faire pour la ville. Et vous le dites d’un ton péremptoire, en vous fâchant alors que nous cherchons à être tout simplement constructifs. C’est peut-être cela la différence entre la majorité et l’opposition, au moins dans cette enceinte. Nous, nous cherchons à répondre vraiment aux problèmes des Amiénois. Vous, vous lancez de grands discours, en pensant qu’ils remplacent les actes. Nous cherchons tout simplement à être pragmatiques.
Il me semble aussi que vous n’avez pas entendu -ou pas écouté- ce qui a été dit tout à l’heure, à savoir que nous prenons à bras le corps notamment deux dossiers, celui du stationnement et celui du logement. Vous direz ensuite que vous nous avez tellement poussés que nous avons enfin entendu vos remarques et que nous suivons vos idées. Mais, ce faisant, vous ne voterez pas pour autant les décisions que nous présenterons néanmoins, conseil après conseil, pour répondre aux besoins des Amiénois qui attendent de nous que nous soyons vraiment concrets et pratiques sur ces sujets qui le méritent. Quelques réponses pratiques. Tout à l’heure, M. LEROY parlait d’un parking qui n’aurait pas été urgent en 2001. Mais nous sommes bientôt en 2006 et la vie change, que la ville évolue et c’est notre honneur et notre raison d’être que de tenir compte des besoins des Amiénois au fur et à mesure qu’ils se présentent et de ne pas rester de manière dogmatique arc-boutés sur des positions qui étaient peutêtre réalistes à un moment donné mais ne le sont plus parce que la ville est composée d’hommes et de femmes et que leurs besoins sont en permanente mutation. Vous avez cherché, les uns et les autres, à parler beaucoup de qualité. Je voudrais vous dire que la partie du boulevard de Belfort qui en finition démontre à l’évidence que la qualité est au rendez-vous : qualité des matériaux, de la conception. La priorité y est, de manière évidente, aux piétons et aux vélos : vous avez un espace public, très largement dimensionné par rapport à l’espace réservé aux voitures, qui leur est dédié. C’est poursuivre avec cette qualité que nous souhaitons pouvoir chasser les voitures qui, il faut bien le dire, n’améliorent pas le cadre de vie de nos boulevards. C’est dans ce sens que nous souhaitons créer un nouveau parking qui a été qualifié peut-être un peu vite de parking souterrain. Hubert HENNO, chaque fois qu’il l’a présenté, a précisé qu’il est pour partie souterrain et pour partie aérien, cette partie se trouvant au niveau de la voirie actuelle, ce qui fait que le dessus du parking pourra être paysager. Evidemment, Jules Verne réincarné pourra sortir dans quelques années de sa maison complètement rénovée pour emprunter, sur sa droite, le boulevard de Belfort et aller voir 20 000 lieues sous les mers ou le tour du monde en ballon au cinéma Gaumont ou, sur sa gauche, se promener au-dessus du parking dont il ne soupçonnera même pas l’existence parce qu’on aura fait en sorte qu’il soit parfaitement qualifié.

mardi 4 octobre 2005

Au Conseil municipal

La majorité du Conseil municipal du 22 septembre 2005 a validé le projet de parking Jules Verne. Les élus d'opposition ont voté contre et ont refusé de participer au jury.

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